les derniers Franciscains

Les relations avec la première municipalité de Pfaffenheim

Le 26 mars 1790, un groupe de religieux composé des Pères Stanislas Treff, supérieur, Sulpice Dietrich, Alexandre Scherb, du Frère Zénon Lutz et de deux servitials Frédéric Denex et Ambroise Sigel, fait une déclaration au maire Bussy, assité de trois conseillers municipaux, Kuony, Lichtenberger et Meistermann, en présence du procurateur Lindemann.

Ils rappellent dans quelles circonstances les Récollets se sont installés au Schauenberg, quels en sont les occupants actuels. Ils proposent de continuer leur service au pèlerinage.

La suite montre que la municipalité a accepté la proposition. En effet,en octobre 1790, le chapitre triennal de l'ordre des Franciscains procède au changement de supérieurs dans leurs différentes maisons. Au Schauenberg, le Père Stanislas Treff, gardien depuis 1787, quitte ses fonctions et rejoint le couvent de Sélestat où il prend la fonction de prédicateur. Le Père Eric Spraul est également déplacé.

Les raisons de ce changement, qui a priori ne s'impose pas, ne seront données qu'au mois de novembre de la même année, dans une lettre du Père Provincial au Département du Haut-Rhin. La commune de Pfaffenheim, à qui ces changements de personnes ne conviennent pas, s'adresse aux administrateurs du Département du Haut-Rhin, pour leur faire part de son mécontentement et de ses craintes quant à l'accueil des nouveaux religieux qui viendraient remplacer les deux Pères Stanislas Treff et Eric Spraul.

Plusieurs interventions sont encore menées, mais le 6 novembre 1790, le Conseil Général, qui statue en dernier ressort sur la requête des Pfaffenhémiens et cette fois-ci, tenant compte de tous les avis antérieurs auxquels s'ajoutent les observations du Provincial de Récollets, il décrète qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur la dite requête.

Cf ADHR, L 613 f 45

Au couvent, durant l'année 1790, existe une certaine tension entre les religieux eux-mêmes. Le Père Eric Spraul  accepte peut-être avec difficulté les événements qu'impose le changement de régime politique en France. Toujours est-il qu'il se brouille avec le Père Athanase Louis, nouveau supérieur au Schauenberg.

Les responsables du Département chargent l'abbé Deyberan de faire une enquête. Enfin, le département autorise le Père Eric Spraul à revenir au Schauenberg. Celui-ci et le Père Athanase promettent de se réconcilier, à condition que le Père Eric obéisse à son supérieur et vive en paix avec ses confrères.

On entend cependant encore parler du Père Eric.

Le 22 décembre de la même année, il manque de respect à M. Vernier, ancien major des hussards, habitant Eguisheim. Le Père provincial des Franciscains, auquel ce dernier s'est plaint, déclare que le Père Eric est un homme méchant, un religieux qui refuse l'obéissance et sur lequel il n'a plus de pouvoir. Il engage Vernier à s'adresser au Département.

Mais d'autres préoccupations attendent les religieux du Schauenberg. Les nouveaux décrets de l'Assemblée Nationale envisagent la fermeture des couvents. Un autre cheminement commence alors pour les quelques religieux qui restent autour de leur gardien, le Père Athanase Louis, en ce début de l'année 1791.

Les Récollets du Schauenberg et la Constitution civile du clergé

Le 2 mars 1791, Charles Martin Bussy, maire de Pfaffenheim, décrit de façon succinte la situation des religieux au Schauenberg. Il dit y avoir trouvé 5 prêtres, un frère et un servitial, nommé Denex, à leur service depuis plus de 50 ans.

Cf ADHR, L 613

Le 6 mars, le maire, assisté des conseillers municipaux Wagner, Meistermann, Robert Küony, Braun, Martin Runer et le secrétaire-gréffier Bussy, certifie les déclarations des religieux, faites au Schauenberg entre le 2 et le 5 mars. Il s'agit des pères Athanase Louis, supérieur, Symmaque Stemmlé, vicaire, Sulpice Dietrich, Alexandre Scherb, Erick Spraul et le frère Zénon Lutz.

Tous, sans exception, déclarent vouloir rester au Schauenberg et y observer les voeux de leur ordre.

A.D.H.R., L 613 : un exemple de déclaration : " je soussigné déclare être né à Niederburnhaupt dans le Sundgau et y être baptisé sous le nom de Melchior Stemmlé le 16 juillet 1736 et d'avoir fait ma profession dans l'ordre des Franciscains sous le nom de Père Simmagus Stemmlé dans la province des Pères Récollets d'Alsace le 6 juin 1758 et vouloir vivre en religieux autant qu'il me sera possible. Père Simmagus Stemmlé, vicaire des Récollets au Schauenberg ".

Les pères Dietrich et Scherb évoquent le versement de leur pension, accordée par l'Assemblée nationale, et le père Athanase mentionne qu'il "dépensera sa pension, en particulier, étant trop âgé pour faire les fonctions publiques de son état". Les déclarations des pères Athanase, Symmaque et Eric sont rédigés en français. Celles des pères Sulpice, Alexandre et celle du frère Zénon Lutz le sont en allemand.

Le 8 mars, le Maire Bussy s'adresse une nouvelle fois par écrit aux religieux, les informant qu'ils peuvent rester dans les locaux du couvent du Schauenberg, mais qu'ils doivent se rendre à la mairie pour y signer leurs déclarations.

A.D.H.R., L 613. La lettre, rédigée en allemand, se termine par une formule de politesse en français "votre très humble et bien obéissant serviteur, Bussy, maire".

Le 20 mars 1791, un nouvel engagement est fait par les six religieux : " Nous, soussignés, déclarons de vouloir autant que les temps et circonstances nous permettront de servir la chapelle du Schauenberg sous les conditions et contrat faits avec la communauté de Pfaffenheim en 1704 et de changer selon les décrets notre costume".

Ce même jour, le maire de Pfaffenheim atteste que les six religieux cités se sont présentés à lui et qu'ils se trouvent présentement au Schauenberg. Aucune mention n'est faite de Frédéric Denex, servitial âgé de 79 ans, qui s'étant "déclaré à ne pas pouvoir écrire", n'a pas fait de déclaration écrite. Dans les documents relatifs au paiement de la pension accordée aux religieux, on trouve dependant sa trace sous la forme d'une croix comme "signature".

Un état du 16 avril 1791 permet de chiffrer le montant des pensions auxquelles peuvent prétendre les religieux. Le traitement des pères est de 800 livres, celui du frère 400 livres et le servitial touche 500 livres. Il n'est indiqué que 700 livres pour le père Eric Spraul, dont le nom est d'ailleurs rayé avec la mention "en sortie de couvent". Le 17 avril, l'ensemble des religieux donne procuration aux pères Symmaque Stemmlé et Eric Spraul pour toucher la pension du second trimestre.

La fin du séjour des Récollets est proche. Le service liturgique est certainement assuré jusqu'au derniers moments. On trouve, en effet, dans le compte financier d'une commune voisine, Voegtlinshoffen, la trace du règlement de 6 livres pour un achat d'hosties pour les Franciscains du Schauenberg.

Vers la fin du mois d'août 1791, la chapelle du Schauenberg est fermée.

Cf BILLING, Kleine Chronik der Stadt Colmar, Ed. Waltz, Colmar 1891, p 280. A la même époque, on procède également à la fermeture du pèlerinage de Düsenbach.

En application du décret du 14 mai 1790, les biens et possessions du clergé sont déclarés " biens nationaux " et mis en vente. Le 13 février 1793, an 2 de la République, les membres du Directoire du District de Colmar procèdent, à la diligence du Procurateur-syndic, à l'adjudication et à la première enchère d'un ensemble de bien nationaux, comprenant, entre autres, le Schauenberg.

LEVY ; Ventes des chapelles, Rixheim 1904, pp 16 et 17. L'ensemble est vendu 1680 livres. Le lendemain, 28 février 1793, est vendue la chapelle St-Léonard, ainsi que la petite habitation y attenant, pour 155 livres.

Le procès-verbal de l'adjudication définitive, qui a lieu le 27 février, fait état d'autels, de bancs, de grillages et de deux cloches, non comprises dans l'estimation. La superficie du jardin du couvent est de deux schatz environ. Les bâtiments du couvent, ses dépendances et le jardin deviennent la propriété de quatre habitants de Pfaffenheim : Antoine Runner, Sigust, Flesch et André Boesch

 

Les indications personnelles contenues dans les déclarations des religieux, faites durant les premiers jours de novembre 1791, permettent de retracer l'itinéraire des drniers religieux du Schauenberg. Le parcours de ces Franciscains est bien connu, et l'auteur de ce site peut en apporter de nombreux détails.

 

Après la période révolutionnaire, la plupart des " anciens Récollets du Schauenberg " reprennent le service d'Eglise, en exerçant un ministère paroissial.

 

1. Le père Stanislas, l'avant dernier gardien.

François Ignace Treff, né le 9 décembre 1739 à Sélestat. Lors du chapitre triennal du 18 mai 1766 (Pentecôte) tenu au couvent d'Ehl, il est déclaré apte à la confession et à la prédication. Le chapitre intermédiaire du 14 novembre 1773, tenu au couvent de Strasbourg, l'affecte comme Directeur du Tiers-Ordre et Prédicateur de la confrérie des Cordigènes de St-François. Le 4 juin 1775, il est nommé Préfet des études latines au couvent de Sélestat, puis le 20 octobre 1776, directeur du Tiers-Ordre de St-François dans le même couvent. Le chapitre triennal du 7 juin 1778 l'affecte au couvent de Luppach en tant que directeur du Tiers-Ordre et prédicateur pour le couvent et la Confrérie des Cordigènes. Maintenu dans les mêmes fonctions dans le même couvent en 1781. Affecté au Schauenberg le 27 mai 1787 comme gardien. En octobre 1790, après la tenue du chapitre triennal, il quitte le couvent du Schauenberg pour rejoindfre le couvent de Sélestat. La municipalité de Pfaffenheim regrette ce déplacement et demande le maintien du P. Stanislas (ainsi que celui du Père Eric). Elle s'adresse au Département et au Provincial des Récollets. Celui-ci loue l'obeissance du P. Stanislas, qui, gardien depuis trois ans, s'est rendu dans délai à Sélestat comme prédicateur, et il l'oppose à l'insubordination du P. Eric. Le Père Stanislas décède à Sélestat le 16 avril 1821.

 2. Le père Athanase, le dernier gardien.

François Joseph Thiébaud Louis, né le 3 septembre 1733 à Guebwiller. Baptisé le même jour. Ordonné prêtre en 1757, affecté comme vicaire au couvent de Saverne, par le chapitre triennal tenu à Ehl le 7 juin 1772. Le 14 novembre 1773, le chapitre intermédiaire le désigne comme conférencier pour les jeunes religieux et les convers. Le 4 juin 1775, il est nommé gardien du couvent d'Ehl et le chapitre triennal du 7 juin 1778 le charge de la fonction de définiteur de la Province, c'est-à-dire conseiller du Père Pronvincial. Le 3 juin 1781, il est nommé gardien du couvent d'Hermolsheim. Le chapitre du 30 mai 1784 lui confie le secrétariat des membres de la province "in Socium et Secretarium". Le 27 mai 1787, il est affecté au couvent du Schauenberg comme prédicateur, et nommé custos de la Province, c'est-à-dire le premier des définiteurs.

Nommé gardien du Schauenberg le 19 novembre 1790. Dans sa déclaration du 2 mars 1791, il mentionne qu'il est "épuisé de ses forces par la guerre de Hannovre où il a servi la Nation et le Roi en qualité d'aumônier".

Dans sa déclaration du 2 mars 17914, le Père Athanase donne cette précision sur ses états de service comme religieux. Cela correspond à la situation décrite en 1766 par le provincial Josué Ricklin dans un mémoire adressé à la Commission des Réguliers et dans lequel il retrace l'évolution des Récollets. "... on tire de 100 pères restants les Supérieurs du définitoire de la Province, les supérieurs locaux de chaque maison, les Prédicateurs, le Confesseurs. C'est dans ce nombre, qu'il faut trouver un fonds toujours subsistant des sujets instruits dans les deux langues, et toujours prêts à se rendre aux premiers ordre de la Cour aux quartiers généraux de ses armées, por y faire les fonctions d'aumôniers ordinaires..." cf Cl.MULLER, Les ordre mendiants en Alsace au 18è siècle, Haguenau 1984, p 290 et C. GUERIN, Les monastères franciscains et la commission des Réguliers, in Revue des questions historiques, t 18, p 76.

Le 22 mars 1791, il reçoit le premier trimestre de son traitement, avec défense de quêter à l'avenir. Le 14 novembre 1791, il est autorisé par Butsch, curé d'Oberentzen, à demeurer dans sa paroisse. Le 30 mars 1792, il prête à Oberentzen, le serment devant le District de Colmar. En juin 1793, il est nommé curé de Gundolsheim. Le 5 décembre (15 primaire An II), il renonce à toutes ses fonctions de prêtrise par lettre écrite de Gueberschwihr au Département. Le 8 décembre, la commission départementale révolutionnaire lui donne acte de sa renonciation. Le 27 avril 1792 (8 floréal An III), il demeure à Gueberschwihr chez Valentin Vogelwein. Le 29 mai 1800, il figure à la matricule des constitutionnels comme prêtre à Gueberschwihr. En 1801, à Gueberschwihr, appréciation du Préfet : "... a des moyens et s'est toujoursv conformé aux lois". Le 24 juin, comme desservant à Lauw près de Masevaux, jure fidélité à l'Empereur. Le 1er août 1808, il est curé à Neuzlingen en Suisse. Décède en 18

3.  Le père Sulpice.

Jean Dietrich, né à Rouffach le 12 décembre 1737. Récollet au Schauenberg en 1790. Décédé à Rouffach le 17 avril, 1804. 

4.  Le père Alexandre.

Jean-Baptiste Scherb, né à Turckheim le 19 novembre 1740. Profession en 1760. Le 18 mai 1766, il est approuvé par le chapitre triennal pour la confession et la prédication. Le 14 mai 1769, le chapitre le nomme professeur de philosophie au couvent de Sélestat (lectores philosophiae), récollet au Schauenberg en 1790. Il figure sur la liste des émigrés. Après la Révolution, il est primissaire à Sermersheim et vicaire à Benfeld. Décédé le 5 octobre 1813. 

5.  Le père Eric.

Paul Pierre François Xavier Félix Spraul, né à Landser le 24 décembre 1750. Le 7 juin 1778, il est approuvé par le chapitre triennal comme confesseur et prédicateur. Le 27 octobre 1782, le chapitre intermédiaire le nomme Directeur du Tiers-Ordre et prédicateur de la confrérie des Cordigènes de St-François au couvent de Kaysersberg. Le chapitre de 1784 l'affecte dans les mêmes fonctions au couvent de Saverne. Nommé ensuite au couvent du Schauenberg. En octobre 1790, il est placé par le chapitre. La commune de Pfaffenheim proteste auprès du Département. Le 18 octobre, une pétition est adressée au Provincial. Le 23 octobre, après avis défavorable du district de Colmar, le Département renvoie la pétition au Père provincial de Strasbourg; qui répond le 8 novembre en se plaignant du P. Eric.

Le Département autorise le 17 novembre le P. Eric à revenir au Schauenberg. Après s'être réconcilié avec le gardien, il promet de vivre en paix avec ses confrères. Le 22 décembre 1790, encore un incident avec Vernier, un ancien major des Hussards. Le père Provinvial, à cette occasion dit que le P. Eric est un "méchant homme". Le 24 janvier 1791, Vernier transmet au Département sa plainte et la réponse du Père Provincial. Le 22 mars, le P. Eric reçoit son traitement du premier trimestre, avec défense de prêcher. Le9 décembre, on lui donne l'ordre de se conformer à l'arrêté du 2 novembre. Déporté en 1792. Le 6 août 1792, il est approuvé pour deux ans dans le diocèse de Bâle. En 1798, il est vicaire à une lieue de Neberfingen. Le 18 avril 1800, Didner lui réclame que son approbation n'est plus valable pour le diocèse. Le 1er septembre 1801, il fait sa soumission. Le 16 mars 1802, il est nommé chapelain à Kennelbach près de Bregentz.

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Date de dernière mise à jour : 2017-03-01 23:05:10