PROCÈS DES PFAFFENHEMIENS CONTRE LES FRANCISCAINS

Les origines du conflit

LE PROCES :

Communauté de Pfaffenheim contre les religieux Franciscains au Schauenberg

Ce chapitre se propose d'étudier une partie de l'histoire du sanctuaire sous un éclairage un peu particulier, d'une part pour répondre à toutes les interrogations et permettre peut-être d'expliquer plus en profondeur les opinions des différents intervenants, et d'autre part, dans le but de rétablir la vérité historique que certains auteurs ont parfois trop simplifée pour pouvoir la rapporter plus facilement

Les chercheurs, historiens et amis du Schauenberg, qui de près ou de loin, ont étudié son histoire, relèvent des traces indiscutablement positives de la présence des religieux au Schauenberg durant la majeure partie du 18è siècle. Ils précisent tous, sans aucune ambiguïté, que ce n'est qu'en victimes de la nouvelle législation sur le culte religieux, qu'ils quittent leur couvent en 1791.

Si donc tous les historiens sont de cet avis, qui paraît plutôt favorable aux religieux, tous cependant rapportent que, durant les dernières décennies du séjour des Franciscains au Schauenberg, les relations qu'ils ont avec la communauté de Pfaffenheim sont loin d'être sans problèmes. En effet la situation matérielle du pèlerinage et les conditions de son occupation par les religieux et de leur hébergement sont continuellement remises en cause, soit par les uns, soit par les autres.

Dans les nombreux écrits évoquant cette période de l'histoire du sanctuaire, on ne trouve généralement que quelques allusions assez discrètes et peu précises, telles que : "... il existe de continuelles démêlées entre les pères récollets et les préposés, échevins et bourgeois de la communauté de Pfaffenheim ... " ou encore " ... la communauté de Pfaffenheim entreprend des démarches en vue de chasser les religieux ... "

En 1767, le notaire apostolique Schweigheuser ne fait aucune allusion à ce conflit dans son ouvrage inédit : Trifolium Seraphicum in Alsatia florens, Cf pp. 78-82 du manuscrit autographe conservé à la B.N.U de Strasbourg.

Le vicaire Litzler qui en 1848 commence la chronique N° 1 déposée aux A.D.H.R; donne quelques indications sur la démarche des Pfaffenhémiens sans plus de détails. Ce n'est qu'en 1920 que le curé Hinck de Pfaffenheim et son vicaire Joseph Litzler publient une excellente histoire du Schauenberg, dans le "Sendbote des Heiligen Franziskus", Metz (Moselle), février 1920 et mois suivants. Ils y mentionnent la démarche contre les récolets, sans aborder par contre le côté juridique.

LES PREMIERS SIGNES D'UN MECONTENTEMENT

Très peu de temps après leur installation, les Pères Franciscains demandent qu'on leur fournisse du bois de chauffage, mais précisent toutefois qu'ils prendront ce qu'on voudra bien leur donner. Il semble qu'ensuite, assez rapidement, qu'ils fassent un droit de cette générosité, pour arriver enfin à taxer les Pfaffenhémiens d'ingratitude pour "n'avoir pas voulu leur donner successivement trois, puis six, puis neuf, puis douze, puis quinze, puis dix-huit cordes de bois et plusieurs centraines de fagots"

Le mécontentement concerne même les affaires religieuses, car (d'après l'avocat Steffan), le curé successeur de l'abbé Pipion est obligé de porter plainte à l'Ordinaire du diocèse contre les Récollets du Schauenberg.

" ils s'avisèrent, contre la teneur des saint canons, contre les décrets récents du concile de Trente, contre les lois de l'Etat, sans permission de l'évêque, sans l'agréùent du curé du lieu, à l'insu de l'un et de l'autre, donner la bénédiction nuptiale, et même de tenir registre de mariages; ils défendaient au curé collateur et fabricien la chaire de l'église du Schauenberg, située dans la paroisse; ils lui refusauent d'y chanter la grand'messe pour nous les ouailles, leurs bienfaiteurs, losque nous y allions en procession, ils prétendaient que le curé n'y avait aucun droit, tandis que l'acte informe de 1704 les lui réserve tous...

Ils demandèrent d'abord qu'ils fussent clos par un mur ; ils demandèrent ensuite des puits, des fontaines, des réparations extraordinaires de l'église, de nouvelles richesses pour la sacristie, un mur d'appui pour leur promenade,... "

Les documents actuellement connus situent au cours de l'année 1733, le début des interventions officielles auprès des instances administratives et religieuses. On trouve trace d'une intervention le 4 septembre 1733 auprès d'un notaire, conseiller du Roi à Colmar.

Un document rédigé en français à Colmar le 28 septembre 1733, signé par les avocats Rieden, Boug et Kiefer, expose la situation de façon assez objective, en se basant sur le bien-fondé de la démarche des Pfaffenhémiens.

ADHR, 141 J 255. Le document original est écrit en français. La copie datée du 2 octobre 1733, est certifiée conforme par l'avocat et secrétaire-interprète auprès du notaire conseiller du Roi à Colmar.

Il classe les doléances en sept points « Klagen­punkten », et en attribue la responsabilité, tantôt à la communauté de  Pfaffen­heim qui ne semble pas tenir les engagements de 1704, tantôt aux récollets.  Le document mentionne aussi  qu’en première  instance une requête a  déjà été déposée auprès de la régence de Saverne.  Il s'agit bien sûr de l'évêque de Strasbourg.  Les points 3 et 7 soulignent les habituelles négligences de la communauté de  Pfaffenheim dans l'entretien des locaux du  Schauenberg, la fourniture de l'eau potable aux religieux, etc... Le  premier point par contre, rappelle aux récollets l'existence d'un  chemin que les habitants de Pfaffenheim doivent emprunter et qu'ils ont toujours utilisé jusqu'à présent, et dont ils doivent laisser le libre accès. 

L'ensemble des locaux conventuels doit probable­ment déjà être clôturé à cette date, puisque ce document propose l'installation d'une clochette à l'entrée, susceptible d'être utilisée de jour comme de nuit,  pour permettre le passage.  Le «  Klagepunkt  Nummer 2 » évoque fort justement que les fabriciens de l'église du Schauenberg doivent fournir tout ce qui est nécessaire au service du culte.  Il précise que les pères franciscains ne souhaitent que des  ornements liturgiques et pas d'autres fournitures superflues, et que les fabriciens ne leur fournissent même pas ce strict minimum nécessaire au culte.

Puis deux ans plus tard, le 4 avril 1735, une lettre est adressée à l'évêque de Bâle par Antoine Scheppelin, bailli de Rouffach et de  l'Obermun­dat, consignée par le curé Jordan, le prévôt  Knecht et sept bourgeois échevins de la communauté.  Le curé et les préposés de  Pfaffenheim y admettent que la sécurité des pèlerins n'est pas convenablement assurée au  Schauenberg et  envisagent de faire construire un mur pour retenir la terre devant la chapelle. 

ADHR, 141 J 256. Avec les signatures de Scheppelin, bailli de Rouffach, Jordan, curé, Knecht, prévôt et sept préposés de la commune de Pfaffenheim. Sur le même document se trouve la réponse de Jean Baptiste Haus, évêque de Messala, suffragant et vicaire général de l’évêché de Bâle, ADHR, 141 J 257

Pour financer cette construction, la communauté de Pfaffenheim ne pouvant le faire, demande à l'évêque de Bâle d'autoriser un ermite nommé François Paul Utz, de la «Feldkirch », chapelle située près de  Wettolsheim, à quêter dans les paroisses voisines.     

Deux procès-verbaux de remise des sommes collectées par  Utz, datés des 2 juin et 16 juillet 1736,  donnent  une  idée  de  l'importance  des  dons.  Le  premier mentionne  la somme de 90 livres 1 sol, et le second 94 livres 10 sols, destinées à la construction du mur de soutènement de la chapelle.  Ces sommes ne représentent cependant pas la totalité de la quête. En effet les procès-verbaux rajoutent que, pour « sa peine », le frère  Utz touche respective­ment 15 livres 5 sols et 3 deniers, puis 1 livre.  Il s'agit de livres tournois. Les documents portent les signatures du curé Jordan, du prévôt  Knecht, du receveur Ignace  Frick et celle de l'ermite François Paul  Utz.

Ces interventions doivent cependant être discrètes et sans grande influence sur la dévotion des fidèles, car à aucun moment on ne remarque des signes d'une baisse de la  fréquentation du pèlerinage ou de la pratique religieu­se chez les paroissiens. Il est bon de rappeler qu'au  18è siècle,  Pfaffenheim, bien plus encore que les autres villages du vignoble, est un « fournisseur »de prêtres et de religieux et qu'il accueillera, quelques décennies plus tard, durant les années révolutionnaires, un grand nombre de prêtres, enfants du pays cherchant refuge devant les lois sur le clergé, pour se cacher dans les caves des viticulteurs (notamment dans le "Trott loch", cavité située sous le pressoir.

Un exemple d'intervention faite par les récollets, figurant sur un document rédigé en français, appartenant à un habitant de  Pfaffenheim et qui fait état d'une pétition datée du 20 septembre 1757

 « A Monsieur Roullin, premier secrétaire et sous-délégué général de l'intendance d'Alsace.

Pétition des  RP récollets desservant le Schauenberg pour réparation des toits de la dite église qui est en très mauvais état,  qu'il faut nécessairement les réparer.  La communauté de  Pfaffenheim suppliante sera occupée pour le moins pendant deux années tant sur la main d'oeuvre  qu'avec les voitures pour assembler les biens nécessaires pour le remplacement des poutres pourries, le sable, la chaux, les lattes et le gypse.  Et les manoeuvriers seront occupés à piler le gypse et employés aux ouvrages du bâtiment de sorte  qu'il serait impossible aux suppliants d'entreprendre cette réparation indispensable, s'ils étaient obligés de faire encore d'autres corvées extraordinaires.  La communauté suppliante a été  jusqu'à présent surchargée de corvées, elle a établi sans l'aide de ses voisins un chemin, elle a travaillé au canal  d'Oberbergheim, aux carrières de Bergholtz, au chemin de  Soultz et au pont de  Meyenheim, outres les autres corvées ordinaires et extraordinaires, et les réparations de la dite église seront d'autant plus pénibles qu'elle est située sur une haute montagne qui rend les transports des matériaux  extrêmement pénibles.

Enfin, cette situation de conflit entre les «  officiels » du village et les récollets, conduit Josué Ricklin, père provincial des franciscains, à s'adresser lui aussi à l'évêque de Bâle, non pas tellement pour faire valoir d'éventuels droits, mais plutôt pour proposer une solution devant permettre aux deux communautés de vivre en bonnes relations et bien sûr « ad majorem Dei  gloriam » .

Il est fort possible que le père provincial Josué  Ricklin, sollicité par le gardien du Schauenberg, irrité par l'attitude de la commu­nauté de Pfaffenheim, cherche aussi à répondre au souci de servir correctement les fidèles dans leur pratique religieuse, surtout lorsque le curé donne l'impression de ne pas avoir comme premier objectif le salut spirituel de ses paroissiens.  Sur ce point délicat, le rapport que fera le recteur  Rieden à l'évêque de Bâle, en 1767, apporte des explications. 

LES POSITIONS DU CURE ET DU PREVOT EN 1766

Le 7 octobre 1764, Ignace Jeg, chapelain de Schauenberg depuis 1762, donne sa démission par un acte passé devant notaire.  Les raisons de cette décision ne sont pas connues. La durée réduite de son passage comme chapelain du Schauenberg peut cependant être le signe de l'existence d'un malaise autour de la fonction. Ignace Jeg qui n'a qu'une courte expérience de vicaire durant deux ans, ne maîtrise probablement pas suffisamment la situation.

François Ignace  Jeg, né à  Rouffach le  6 janvier 1732.  Vicaire à  Friesen, puis à l'âge de 32 ans, il est chapelain de ND du Schauenberg.  Après sa démission, il est chapelain  des Trois Rois à  Rouffach (1764 -1792).  En décembre 1791, il reste à  Rouffach, malgré l'arrêté du 2 novembre.  Il est signalé comme déporté.  Amnistié en 1802, on le retrouve prêtre à Rouffach où il meurt le 14 août 1807.

Ses prédécesseurs depuis 1697 occupent respectivement les fonctions de chapelains pendant 16, 32 et 17 ans.  C'est dans une lettre adressée à l'évêque de Bâle que le curé André Muller désigne, comme il en a le droit, le successeur de  Jeg.  Il s'agit de André  Sommereisen, originaire de  Rouffach, vicaire à  Gueber­schwihr de 1753 à 1756, puis vicaire à  Rouffach de 1762 à 1764.  Il sera chapelain du  Schauenberg de 1764  jusqu'à sa mort en 1772.

Le curé rappelle que le droit de désigner le chapelain du Schauenberg lui appartient : « le  patronage et le droit de présentation appartient à nous curé du dit  Pfaffenheim, à condition cependant que nous présenterons le sujet qui nous sera recommandé par le prévôt et gens de justice du lieu, s'il s'y en trouve un bon et habile prêtre originaire de l'endroit ou apparenté » .

Cf. minute de Chauffour l'aîné, rédigé pour les besoins du procès de 1786.  Il s'agit d'une lettre du curé André Muller à l'évêque de Bâle.

Le prévôt et les gens de Justice remettent au curé leur droit de recommandation dès le 28 octobre 1766.

Cf. minute de Chauffour l’aîné : « si M. le curé pouvait se faire donner un nouvel acte du prévôt ou gens de justice de Pfaffenheim qui fut daté du jour qu’il lâchera sa présentation, ce ne serait que mieux. Car il ne convient pas que la liberté que les gens de justice donnent à M. le curé de nommer sans leur concours, soit antérieure à la vacance du bénéfice qui ne date que du jour de l’acceptation de la démission du dernier titulaire ».

Les relations « administratives » entre les différentes parties gravitant autour du pèlerinage ou couvent du  Schauenberg doivent avoir atteint un degré de tension tel que l'année suivante en 1766, se déclenche un ensemble de démarches et d'interventions de tout genre

 1767 ANNEE DECISIVE DANS LA RECHERCHE D'UNE SOLUTION

Tout d'abord le prévôt Bussy de Pfaffenheim officialise le 13 avril 1766, l'accord de cession du  Schauenberg aux récollets.  Pour certains actes, il est nécessaire de citer le texte intégral, afin de respecter l'esprit des intervenants et le contexte souvent très flou, voire de contradiction dans lequel certaines décisions importantes pouvant engager l’avenir de façon hasardeuse, sont prises : ci-dessous le texte signé du prévôt de Pfaffenheim : Cf ADHR 141 J 262

«En vertu d'un décret de Sa Grâce Monseigneur l'Intendant, du 16 novembre 1765, comme suite à la requête du révérendissime père provincial du saint ordre de François et du  RP George  Gschickt, actuel supérieur au  Schauenberg, qui désirent acquérir la chapelle et les dépendances appartenant à la communauté de Pfaffenheim, c'est pourquoi, le prévôt et les gens de Justice, en réponse à un acte présenté par les  RP, il y a 10 jours environ, disent que le don de la fabrique du  Schauenberg doit être fait, et la totalité du fonds cédé aux pères, à condition que les dits pères prennent à leur charge maintenant et pour toujours, tout ce qui était  jusqu'à présent à la charge de la communauté de Pfaffenheim et de la fabrique, concernant la chapelle et ses dépendances, et qu'ils se portent garants de cette cession, et qu'ils doivent rester aux droits et contenu de la transaction de 1704.  Donné à  Pfaffenheim dans la chambre du conseil, le 13 avril 1766 et ont signé comme préposés après avoir recueilli les voix de l'ensemble des membres de la communauté. 

Signé : Bussy, Martischang,  Meistermann, Joseph Diringer » .

Les récollets tardent à donner une réponse à la proposition de Bussy. Le projet de cession ne leur convient-il  pas  exactement  ou bien ne voient-ils pas la nécessité de se presser ? 

Toujours est-il que le 17 septembre, le prévôt Bussy, le receveur de la communauté et un certain nombre de préposés s'adres­sent-ils par écrit au RP supérieur. Ils lui font savoir que la proposition de cession leur a déjà été notifiée deux fois et que maintenant Monsieur l'Intendant les autorise d'exiger que les religieux fassent faire les travaux  nécessaires). Cf ADHR 141 J 262 Neuf signatures supplémentaires figurent sur cet écrit destiné au Père Supérieur des Franciscains au Schauenberg.

Le 19 septembre, le supérieur George Gschickt prend connaissance du contenu de la lettre que lui présente Antoine  Diringer, désigné de droit pour cela. Il émarge ce document en présence de deux préposés de  Pfaffenheim, Michel Gerber et George Plopf , désignés comme témoins.

Les signataires suivants sont mentionnés : Johan  michael  flesch  als  burgermeister,  lichtenberger, kueny, dorfler,  meisterman,  wintzenwirth  als aufschutz,  antoni  hanauer,   marx furodt,  michel  schaflin,  michel veber,  georg diringer,  johan michel  freitag, joseph hofer, lindscher, joseph diringer, diebolt, pflanzmever, anton martin, anton rosé, mathieu  bruchs,  thomas frauer,  ignati  dirringer,  michel meisterman,  martin rosé.

Rappelons que le curé n'est pas d'accord, malgré la clause de sauvegar­de contenue dans ce nouveau contrat pour ne pas léser les intérêts du curé et du chapelain. 

La chronique du vicaire  Litzler,  commencée en 1848, et à laquelle font référence la plupart des historiens du  Schauenberg,  cite : « Les pères cédaient à  l'hôpital de Pfaffenheim tous les biens fonds qui appartenaient au  Schauenberg et se réservaient toutes les offrandes.  Pour ne pas léser les intérêts du curé et du chapelain, le receveur de l'hôpital devait payer tous les ans 20 livres  steblers au curé et 5 livres au chapelain. Faculté serait laissée aux pères de chercher gratuitement les pierres, et moyennement un prix équita­ble, le bois nécessaire pour les constructions. Il leur était permis de chercher l'eau partout où ils en trouveraient, la commune leur fournirait gratuitement une première fois les conduits de bois, et les céderait toujours dans la suite contre un prix équitable ».

Quelles sont les raisons qui conduisent le prévôt et le curé à avoir des avis totalement différents sur l'avenir du Schauenberg ? La question se pose !

Le prévôt Bussy voit-il dans la cession complète de l'ensemble du pèlerinage à l'ordre des franciscains une solution pour éviter à la communauté de  Pfaffenheim la lourde charge de l'entretien des bâtiments ? 

Le curé André Muller  y ressent-il une atteinte à ses droits personnels ou craint-il que ses paroissiens ne le quittent, attirés par la pratique religieuse plus dépouillée et paraissant plus sincère que prêchent et vivent ces religieux ?

L'évêque de Bâle, Simon Nicolas de Montjoie, probablement saisi par les deux parties (Récollets du Schauenberg et curé de Pfaffenheim), charge Christophe Rieden, juré du chapitre rural Citra Colles et ancien curé de Soultz, d'effectuer une enquête détaillée sur le Schauenberg avec visite et inspection des lieux. Ce prêtre, malgré son âge et certaines infirmités, remplit cette délicate mission avec beaucoup de soin et de précision.

INSPECTION DU SCHAUENBERG EN 1767 A LA DEMANDE DE L'EVEQUE DE BALE

Le 7 avril,  Rieden monte donc au Schauenberg, accompagné de Gassman, faisant fonction de secrétaire-greffier.  Dans un procès-verbal de  11 pages, rédigé en français, sauf les deux pages du rapport des experts, il donne une description complète de l'état des locaux et précise surtout les conditions dans lesquelles il procède  à cette inspection. 

Sont convoqués ce jour, d'une part le père George Gschickt, supérieur du couvent du Schauenberg, le père Ferdinand Scheck,  définiteur résidant à Rouffach et représentant le Père  Josué  Ricklin, provincial des franciscains,  et d'autre part le curé André Muller et le chapelain André Sommereisen.

Fort habilement Rieden rappelle que les deux parties ont  été régulièrement convoquées, comme le prouvent les accusés de réception et leur fait part des différentes décisions de la communauté de  Pfaffenheim relatives à la cession du  Schauenberg aux récollets. 

Concerant la démarche du prévôt,  Rieden écrit :

«... avant que nous voulions nous transporter dans la dite chapelle, sont comparus le sieur Charles Bussy, prévôt de Pfaffenheim avec les, bourgmaistre, gens de justice et élus et dix sep bourgeois du dit  Pfaffenheim, après que nous leur avons fait la lecture de la dite requête, décret du quatorze mars dernier, et de notre ordonnance du premier avril, leur avons demandé,  s'ils  confirment et ratifient la cession faite ; le sieur prévôt a dit pour réponse oui,  qu'il confirme, ratifie la cession qu’il avait faite aux  RR.PP. récollets du dit Schauenberg le treize mille sept cent soixante et six pour sa personne et a signé : Bussy ».

Donc aucun doute n'est possible. Rieden confirme devant les personnes ­citées et réunies au Schauenberg, que le prévôt Charles Bussy a demandé le 13 avril 1766, par écrit, que le Schauenberg soit cédé aux Récollets.

Mais dans la suite de son exposé, Rieden annonce aux personnes présentes, et cela sans ajouter un quelconque commentaire, qu’une majorité des responsables de la communauté  qui se sont prononcés pour la cession en 1766, se rétracte maintenant et n’est plus d’accord pour céder le Schauenberg aux religieux.

Rieden déclare :

« ... sont comparus les bourgmaistre, gens de justice, élus et les dix sept bourgeois, après les avoir demandé s'ils voulaient consentir à la même requête du quatorze mars dernier, que les  RR.PP. récollets ont présenté à Monseigneur l'évêque de Bâle, ont répondu que non, mais qu'ils voulaient se tenir à la convention faite entre eux et les dits Révérends pères de l'année mille sept cent et quatre....., les dits bourgmaistre,  gens de justice, élus et dix bourgeois s'opposent  formellement  et  rétractent  leurs signatures............et disent  qu'ils  veulent faire les réparations nécessaires  après la visite faite...». 

Rieden note aussi que ces mêmes personnes de Pfaffenheim s'engagent, si les revenus de la fabrique ne suffisent pas, à contribuer aux dites réparations de leurs propres moyens, pour cette fois-ci, mais pas pour l'avenir.

On peut remarquer que l'influence du prévôt  Bussy a du être prépondéran­te lors de la décision de 1766.  Rieden y reviendra de façon plus précise dans le rapport  qu'il transmettra à l'évêque de Bâle.

Concernant la position du curé Muller :

Faisant du comparaître le curé Muller, il lui fait remarquer que ses titres de l'admission pour le curé de  Pfaffenheim ne comportent point de mention de la dite chapelle du Schauenberg.  Par conséquent, il lui demande officiellement s'il veut avec les revenus et offrandes appartenant à la chapelle, faire faire les réparations nécessaires. 

La réponse du curé Muller est simple : cela ne regarde nullement la qualité du curé. Il laisse tout cela à qui il appartiendra et il se tient aux clauses du contrat du 5 mars 1704 et au décret donné par l'évêque de Bâle le 24 janvier 1707.

Rieden cite en plus un contrat datant de 1707 dont on ne trouve trace nulle part ailleurs. D’après le contexte, il ne peut que s’agir d’une confirmation du contrat de 1704.

Après cette mise au point concernant les travaux matériels, le recteur  Rieden demande au curé, s'il veut « conserver le pèlerinage du Schauenberg, augmenter la gloire de Dieu et la dévotion de la  Ste Vierge pour la consolation des pèlerins, en prêchant, disant la messe, entendre la confession ». 

La réponse du curé est courte et nette : « ... de sa vie il n'a su ce que c'est de refuser, ni d'épargner des peines et travaux, qui peuvent contribuer au salut des fidèles ».

A ces mêmes questions, le chapelain  Sommereisen répond : « cela n'a jamais regardé le chapelain du Schauenberg et de  Pfaffenheim, et  qu'il veut jouir de tous les droits et prérogatives de ses prédécesseurs et  qu'il laisse les réparations à ceux  qu'il appartiendra, et  qu'il se tient simplement à la fondation faite l'année 1483 et à la transaction faite entre la communauté de Pfaffenheim et les récollets du  Schauenberg ».

Avant d'entreprendre la visite des locaux,  Rieden donne acte aux parties de leurs dires et réquisitions.

1. Il  prend acte des déclarations du curé et du chapelain, comme n'étant pas nantis d'autres titres,

2. Il prend acte de la rétractation des préposés de la communauté de  Pfaffenheim au sujet de la cession.

On ne peut que constater l'extrème prudence de Rieden, qui, assisté de Sommereisen remplissant les fonctions de greffier,  remplit sa mission, presque comme un juge d'instruction.

Pour conserver la clarté nécessaire dans cette évocation, il est nécessaire de citer  le rapport d’inspection, dans son intégralité. Il s’agit de l’unique document connu, rapportant avec une grande précision, l’état de la chapelle et des dépendances du Schauenberg, après une occupation de plus de 60 ans par les Franciscains. (Cf ADHR 141 J 264)

 Rapport d'inspection :

1. que le crépissage de l'extérieur de la chapelle est endommagé par  l'intempérie dans plusieurs endroits, et même détaché et tombé entièrement dans quelques-uns,  qu'il est d'une nécessité urgente de le bousiller et rétablir, que le mur qui sert d'appui au chemin qui conduit à l'hospice des  R. pères, passant à côté de la chapelle, et qui était ci-devant de largeur de dix pieds, est actuellement réduit aux deux tiers, ce que nous avons observé de provenir de l'écroulement du dit mur d'appui, et comme la rampe est entièrement raide dans cette partie,  il est indubitable, que tout le reste de ce chemin écroulera insensiblement,  jusqu'au pied de la chapelle, dont les fondements risquent de manquer en sorte  qu'il est dans la  nécessité indispensable d'y pourvoir incessamment en élevant le mur d'appui dans son ancien état en pierre de taille, et pour le garantir d'un écroulement ultérieur de poser des contreforts au pied du mur.

2. nous avons  observé que dans la fontaine établie au dit lieu, tant pour l'usage des journaliers des  R. pères, que pour le service intérieur de la chapelle est entièrement dégradée, que le récipient des eaux  à la source est détruit par la caducité, de manière que les insectes  fourmillent dans les eaux au point que l'on ne peut plus s'en servir sans danger, et que depuis plusieurs années les  R. pères sont obligés de se pouvoir des eaux ailleurs, et de l’aller puiser à plus de trois cents toises de distances de l'hospice dans le bas revers de la montagne, que même ils en manquent dans les temps de sécheresse ou de gelée, de manière  qu'il est également urgent de rétablir cette ancienne fontaine dont la source se  prend environ à une demi lieue de distance de l'hospice et  cy est conduite par des tuyaux que nous présumons être absolument hors de service.

3. nous étant transporté dans l'intérieur de la chapelle, nous avons  observé  qu'il se trouve au plafond une peinture en fresque,  cy devant faite par les soins et aux frais d'une charitable personne, laquelle peinture nous avons remarqué être considérablement endommagée, et avons vérifié par les tâches d'eau qui sont imprimées dans le plafond même. que ce dommage provient d'un mauvais état dans lequel se doit trouver la toiture, la pluie et la neige  pénétrant dans le  grenier  il laisse des dépôts qui s'imbibent dans le plâtre, le détruise furtivement, ce qui est visible par les différentes fentes et crevasses que l'on y découvre tout au travers,  qu’il y en a même une pierre absolument emportée et laisse une couverture au dessus de l'autel de  St Ulrich, et qui traverse de part en part au dessus du petit clocher, au moyen de quoi le sacrifice est interrompu sur le dit autel depuis trois ans ainsi que les dits  R. pères ont assuré, que par conséquent cette réparation est indispensable.

4. avons observé  qu'à côté de l'autel de  St François les fondements du mur étaient entamés, ce que nous avons  aperçu de provenir de la filtration des eaux qui descendent la montagne dans les temps pluvieux, à quoi il est important de remédier le plus tôt possible pour empêcher la pourriture de ces fondements, ainsi que d'autel et du confessionnal qui y sont, lequel autel est actuellement  déjà pourri par pierres et même  jusqu'à la table, au point à n'y pouvoir célébrer le saint sacrifice, que le confessionnal ne peut plus servir dans les temps des  pluies, par la quantité d'eau qui pénétrant, de façon que le confesseur et le pénitent se trouvent dans l'eau, que conséquem­ment il est essentiel de découvrir les moyens de dériver cette infiltration, soit par un conduit souterrain ou autrement.

5. étant entré dans la sacristie, nous avons reconnu quelques fentes dans la voûte, qui nous ont fait soupçonner, que la toiture était également dans un mauvais état dans ces parties, et que la pluie et la neige causent des  dommages, d'autant plus que ces fentes communiquent jusque dans les murs de face de cette sacristie, dans laquelle nous avons observé que les  ornements et linges servant au service divin étaient tellement usés,  qu'il est nécessaire d'en  réformer la meilleure partie, que quoi ce pèlerinage soit beaucoup fréquenté, il ne s'y trouve aucune soutane entière pour les  prêtres étrangers, plus avons observé au lutrin, que le crépissage du plafond était à moitié  débâché et tombé, le surplus fendu de toute part, ainsi que les lattes qui retenaient le plafond entièrement pourries, et le tout à réparer, et  qu'enfin le banc qui se trouve dans le chœur de la chapelle est entièrement rompu et renversé, que la lampe, dont l'entretien est à charge de la fabrique est cassée et hors de service, et ayant de suite voulu prendre inspection du grenier, de la toiture ainsi que du clocher, les  R. pères nous ont représenté que l'on n'y pouvait monter, que par les moyens d'une échelle, il ne nous a pas été possible d'y grimper, soit à cause de notre âge avancé, soit par rapport aux vertiges et autres infirmités, dont nous sommes affligés, pour quoi nous avons nommé d'office du consentement des parties, les nommés andré  fohler et martin  geiger les deux maîtres maçon et charpentier,  bourgeois  de la ville de Rouffach, le serment d'eux préalablement pris, à la manière ordinaire, à l'effet de Bussy prévôt, de nous déclarer la portée des  offrandes, et autres revenus de la chapelle, si aucun il y a, lesquels nous ont dit que tout le revenu ne consistait que dans une faire la visite des parties cy-dessus rappelées, ainsi que tout ce  qu'ils pouvaient découvrir de défectueux dans le surplus de cet édifice, à quoi les dits  fohler et geiger, ayant procédé à l'instant, et ils nous en ont remis leur  rapport qu'ils ont  fait  rédiger  par  notre  greffier  à  ce  commis,  et  que nous   avons jointe à notre présent procès-verbal, ensuite de quoi, et pour nous enquérir des moyens à pourvoir aux différentes réparations, dont  cette chapelle est susceptible le tout conformément au dit  décret, avons interpolé, tant les R. pères récollets que le sieur  somme d'environ capitaux,  qu'à trente livres de rente constituée sur l'égard des  offrandes le produit  saurait si considérablement diminué depuis plusieurs années,  qu'il ne valait pas la peine d’y faire aucune attention, ni d’en espérer aucun secours pour les dites réparations, parce que leur destination principale se portait à l’entretien des lumières et des linges, auxquels ces offrandes  pouvaient  à  peine suffire,  que la raison  de  cette modicité d’offrande  était  que  le public était prévenu qu’elles tournaient au profit de la communauté et du sieur curé de Pfaffenheim uniquement (sic), et n'étaient point employées à la décoration de la chapelle, que ce préjugé ralentissait de plus en plus la charité des fidèles à cet égard, et  qu'il au surplus il ne nous a apparu aucun moyen à fournir à la dépense que ce grand concours de réparations occasionnera, de tout quoi avons dressé le présent procès-verbal pour y celui être envoyé à son altesse monseigneur l'évêque de Bâle, être par lui statué ce qu’au cas appartiendra.

 Fait au dit lieu du  Schauenberg le jour et an que dessus, signé Rieden et Gassmann, commis-greffier.

Suit encore le rapport des deux experts, rédigé en allemand qui ne fait que corroborer de façon plus technique la description de  Rieden.  Il chiffre, aidé par les experts, maçon et charpentier qu'ils a convoqués, les travaux indispensables à 4000 livres. La communauté de Pfaffenheim ne dispose pas de cette somme. Le document conservé aux  ADHR porte la mention: collationné et trouvé  conforme à son original et signé comme est dit est représenté et rendu à l'instant par moi soussigné greffier de  Massevaux le 28 avril 1767 signé  Wilhem, greffier.

Après cette visite et après avoir dressé un état des lieux, le recteur Rieden rend compte de sa mission à l’évêque de Bâle.

Il écrit sans ambiguïté qu'il ne comprend pas le comportement du curé dont les intérêts ne sont aucunement lésés dans le projet de cession :

Rieden écrit :: « ... quelqu’avantageux que soit à la communauté de Pfaffenheim le projet de cession à faire aux récollets du Schauenberg des revenus et offrandes de la chapelle du lieu, moyennement que ces derniers se chargent de l'entretien des bâtiments qui en dépendent, ce projet vient de rencontrer néanmoins des contradictions aussi peu attendues  qu'elles paraissent déraisonnables, la première procède du fait du sieur curé de Pfaffenheim dont la conduite ne parait n'être guère des mieux réfléchies... d'où il semble que son propre intérêt devrait le porter à donner les mains à l'arrangement proposé ».

Rieden ensuite évoque la personnalité du curé : « ... flatté de cette circonstance, il envisage comme une prérogative  émi­nente, à laquelle il croirait donner atteinte en consentant à une cession qui n'y touche,  qu'autant qu’elle lui ôte sa portion d'injonction que sa qualité lui attribue sur le temporel de la chapelle ».

Enfin  Rieden se permet de porter un jugement sur la qualité du travail pastoral du chargé d'âmes de  Pfaffenheim : « ... il est encore à naître que ce pasteur mette en oeuvre son zèle pour le salut des âmes dans ce pèlerinage.  S'il y vient de temps en temps,  c'est bien plutôt pour faire montre de sa préséance et de retirer sa part des troncs, tandis qu'il laisse le soin de tout le reste aux  RP et n'a pas hésité  jusqu'ici de les charger des 5 à 6 feux placés à  Osenbuhr, situé à une petite lieue derrière le Schauenberg, conséquemment la partie la plus pénible », et il conclut : « dans ces circonstances l'on peut conclure que sa résistance n’est que l'effet d'une vaine gloire, la dissimulation et la réserve affectée avec laquelle il a répondu lors du procès-verbal, autorisant à le croire...

Rieden soupçonne même le curé d'être à l'origine de la rétractation citée plus haut« ... l'on vient à la rétractation des 17 bourgeois.  Rien n'est plus singulier que cette rétractation que l'on est tenté de regarder comme un ouvrage  prémédi­té du sieur curé, puisque le  commissaire soussigné  n’a appelé à son opération que le sieur  Bussy et les échevins.  Le premier a persisté dans son sentiment de consommer la cession parce qu'il a passé l'avantage et la commodité qui en résultait à la communauté dont les intérêts lui sont confiés » . 

 Rieden explique que la plupart des 17 bourgeois mentionnés ci-dessous, appartiennent « à ce  qu'il y a de plus bas dans la bourgeoisie... et entraînés sans doute par une sollicitation tierce ». Il n'approuve évidemment pas cette façon de procéder et n'envisage pas d'autre éventualité pour sortir de cette situation que celle de céder le Schauenberg aux récollets

En conclusion, compte tenu de tous les argu­ments évoqués, Rieden estime à l'intention de l'évêque de  Bâle :  « ...  qu'il y  a  lieu d'accorder  votre  approbation  à  la cession proposée et autorisée du commissaire de la province, ce faisant ordonner que le lieu de Schauenberg sera et demeurera démembré à l'avenir de la curé de Pfaffenheirn pour les fidèles y être desservi et administré par les  RR.PP. récollets résidant à l'hospice du dit lieu, sauf à changer, augmenter ou diminuer dans la suite suivant l'exigence du code » .

 Le recteur Rieden a rempli sa mission avec sérieux, efficacité et impartalité. Comme un juge d'instruction, assisté d'un greffier, il rend compte à l'évêque de Bâle : 

Le sanctuaire du Schauenberg doit être desservi et administré par les Pères Franciscains et non par la communauté de Pfaffenheim.

 ADHR 141  J 273.  Le recteur  Rieden ajoute à son rapport la fin de sa lettre  qu'il a tardé un peu à transmettre son rapport, ne voulant pas « l'importuner pendant cette quinzaine de pacques... ».  Puis il termine par « j'ai bien du pardon a demander à Votre Altesse de m'être servi d'une main étrangère, une infirmité ne me permettant pas d'écrire de ma main »

André Muller, curé de  Pfaffenheim, de son côté, ne se considère pas battu

A l'évêque de Bâle qui lui a fait part  du souhait exprimé  par les franciscains,  il écrit :

 « ...  qu'il ne s'opposera jamais à ce qui peut contribuer à la plus grande gloire de Dieu et à l'augmentation de la dévotion à la Très Sainte Vierge ; mais les droits de son bénéfice ne lui permettent pas de donner les mains à la cession qu'on sollicite et la communauté de Pfaffenheim n'a point qualité suffisante pour la faire... le suppliant entrera avec le même zèle qu'ont eu les prédéces­seurs en tout ce qui pourra contribuer au maintient et à la décoration du pèlerinage... mais il est de son devoir de maintenir comme eux les droits paroissiaux qui lui appartiennent incontestablement dans ce lieu saint de même que dans l'église baptismale du lieu » 

Finalement, en cette fin de l'année 1767, le pèlerinage du Schauenberg reste « cédé » aux pères récollets par la communauté de Pfaffenheim, malgré l'opposition du curé, mais avec l'accord de l'évêque de Bâl

Le Conseil souverain d'Alsace enregistre cette nomination et rend exécutoire ses droits.

 

La demande des Pfaffenhémiens en vue de reprendre le Schauenberg

Vraisemblablement dans les années suivantes, les quelques Pfaffenhémiens, influencés primitivement par le curé, en persuadent d'autres de ne pas approuver la cession pure et simple du Schauenberg aux religieux. C'est maintenant la communauté toute entière de Pfaffenheim qui regrette la cession du Schauenberg aux Franciscains.

Les préposés se rendent-ils compte que la gestion matérielle reste tout de même une lourde charge ? Trouvent-ils que, malgré la volonté de ces religieux de vivre modestement, pour ne pas dire pauvrement, selon la règle de leur ordre, ils exigent trop des Pfaffenhémiens ?

Toujours est-il que, jusqu'aux premiers signes de la Révolution dans la région, les préposés et l'ensemble des habitants du village ne cesseront d'oeuvrer en vue de récupérer le Schauenberg en essayant de chasser les récollets.

Le 15 octobre 1773, le prévôt Bussy de Pfaffenheim s'adresse à Mgr de Blair de Boisement, conseiller d'Etat, intendant de la Justice, Polices et Finances en Alsace.

Expliquant la présence des religieux aux Schauenberg, il écrit : " ... au commencement de ce siècle, ayant été vivement sollicités par le RP récollets de leur faire la charité de leur accorder une petite maison au Schauenberg, ils (les Pfaffenhémiens) avaient cédé à leurs instantes prières ... "

Le prévôt rappelle qu'ils avaient promis en 1704 de n'être en aucune manière une charge pour la communauté, et qu'ils vécurent sans donner aucun mauvais exemple, mais qu'en 1773,  " soufflés par un esprit faux et brouillon, ils osèrent de possesseurs précaires, s'élever au rang de propriétaires... où prenant leur maison pour la chapelle, ils la disent dédiée à la Ste Vierge, et en voudraient faire une maison à miracles, ils y exposèrent que leur zèle était si vif (sic) que pour se réchauffer, contre la règle de leur institut, ils avaient besoin de feu dans leurs chambres... "

Bussy dénonce également " comparant leur ménage à celui des habitants de Pfaffenheim, ils prennent la qualité de bourgeois..   Il reproche aussi aux religieux de s'être fait octroyer annuellement 18 cordes de bois.

Cf ADHR 141 J 268, un exemple de plainte des Récollets depuis 3 ans les RRPP récollets du Schauenberg sont vexés par les préposés de Pfaffenheim pour les réparations qu'ils demandent d'être faites. La sentence du 25 février 1774 condamne les préposés à faire les réparations nécessaires à la fontaine. Cependant elles ne sont pas faites et ne veulent pas le faire pour faire souffrir les dits P. récollets ainsi que les pèlerins. Ils font ensuit allusion à l'état de leur fontaine "ils sont obligés de tenir une personne exprès pour la pourvoir", ainsi qu'au mur dont l'effondrement menace les fondations de la chapelle. D'autre part, ils rappellent que la sentence  condamne les préposés à réparer la fontaine et le mur. Les Récollets  écrivent que la communauté à proposer de réparer le mur, si les pierres enlevées, sont restituées par les religieux. Ils trouvent que cette allégation est injurieuse à leur égard, comme s'ils pouvaient être soupçonnés d'avoir fait le commerce de ces pierres, qui, d'après eux, ont été enlevées par des particuliers de Pfaffenheim".

 L'examen de ces pièces toutes datées permet de dresser la chronologie suivante :

15 octore 1773 : requête ordonnancée auprès de l'Intendant de Justice

25 février 1774 : le jugement qui ordonne à la communauté de faire les travaux et réparartions, est signifié avec commandement de s'y conformer

3 juin 1774 : il devient exécutoire

4 juillet 1774 : saisie tièrce

16 juillet 1776 : nouveau jugement signifié à la requêtye du syndic des Récollets

22 juin 1783 : délibération de la communauté de Pfaffenheim

La démarche entreprise par le bailli de Rouffach, sur ordre de l'Intendant de Justice, peut être considérée comme décisive dans le conflit. Le dimanche 22 juin 1783 à 8 heures du matin, il réunit l'ensemble des prévôts, préposés, bourgeois et habitants de Pfaffenheim sur la place devant la maison commune. La façon dont procède ce fonctionnaire est cdes plus honnêtes.

Sans vouloir influencer les habitants du village, il leur rappelle combien il est impoortant pour le bien de la communauté, de ménagers ses intérêts et d'en diminuer les charges. Il précise qu'une somme, qu'il qualifie d'importante, s'élevant à plus de 7700 livres, est déjà engagée pour la reconstruction de la maison commune, celle du maître d'école, celle du foretier, le pavage et le remboursement des avances des bourgmaistres.

Il annonce également : "... qu'indépendamment de cette dépense considérable, la communauté se trouve condamnée à la réparation des murs de soutènement et contreforts de la terrasse de l'église du Schauenberg, ainsi que celle de la fontaine de la maison des récollets.. " . Ces travaux sont chiffrés par l'architecte-juré à 1400 livres, et représentent ce qui doit être immédiatement entrepris.

Le bailli insiste sur le fait que les travaux d'entretien sont et restent toujours à la charge de la communauté. En plus, elle se trouve "dans l'obligation perpétuelle de fournir les ornements de la sacristie de l'église, le vin des messes et de l'huile pour la lampe, des cierges, les habillements sacerdotaux et la réparation et construction des autels.
Il importe donc, d'après le bailli, que la communauté se défasse de ces sources de contestations et de charges qui ne peuvent trouver aucune compensation en sa faveur, et sans détour, il conseille "que pour s'en décharger, le parti le plus sage à prendre était de renoncer à tous les droits et prétentions non seulement à l'égard de cette église, mais pour ce qui concerne aussi les maison, jardin et enclos des Pères récollets".

Le bailli demande ensuite à tous de réfléchir à cette proposition et de donner leur réponse.

Celle-ci ne devra cependant pas être contraire aux intérêts de l'évêque de Strasbourg, le cardinal de Rohan, comme seigneur temporel et territorial, ni à ceux du prince évêque de Bâle, évêque diocésain, ni à ceux du curé, ni à ceux du chapelain.

Le procès verbal de l'enquête mentionne un résultat surprenant et probablement inattendu pour le bailli : - 3 particuliers sont "consentants à l'abandon du Schauenberg"  - 214 particuliers sont "d'avis contraire".

Aucun doute n'est donc plus possible. La communauté de Pfaffenheim, par ce document, signe sa volonté de conserver entièrement le Schauenberg.

Cette décision populaire du 22 juin 1783 va immédiatement encourager les responsables de la communauté de Pfaffenheim à faire appel des jugements antérieurs et ils se mobilisent, de façon plus organisée, pour obtenir l'annulation pure et simple de ces jugements afin de chasser définitivement les Francisvains du Schauenberg.

Ils s'adressent alors à trois avocats colmariens : Georges Broussey, Jean-François Reubell et Stefan. Jean-François Reubell député du Haut-Rhin à l'Assemblée constituante de 1792 à 1795, deviendra membre du Directoire en 1795. Né à Colmar en 1747, mort et enterré à Colmar en 1807.

La procédure d'appel devant le Conseil Souverain d'Alsace, à partir de 1783

Les préposés de Pfaffenheim prennent rapiement contact avec le conseiller du Roi, Meyer, notaire de la province d'Alsace à Colmar. Ainsi commence une nouvelle procédure en appel devant le Conseil Souverain.

Cf ADHR 141 J 272 : de nombreux documents existent et montrent les démarches des Pfaffenhémiens.

Un nouvel avocat se joint aux trois précédents. Il s'agit de De Rungs. Un mémoire est rédigé.

memoire-w.jpg    quelques extraits du mémoire  :

   ".. mais que deviendra donc le Schauenberg ? Il ne se peut pas,  nos pères, que vous soyez assez présomptueux pour croire que vous y soyez nécessaires....

  .... nous promettons dans le Temple de la Justice, que la religion, la mère de toutes les vertus, y sera honorée d'une manière plus convenable à la majesté infinie du Dieu que nous y adorons...

  L'avocat colmarien Chaufour (l'aîné) défend les intérêts des Franciscains. Il écrit à l'évêque de Bâle.

     quelques extraits de la lettre

   " ... si M. le Curé pouvait se faire donner un nouvel attendu, Prévôt et préposé ou gens de justice de Pfaffenheim qui fut daté du jour qu'il laissera sa présentation, ce ne serait que mieux ; car il ne convient pas que la liberté que les gens de justice donnent à M. le Curé de nommer sans leur concours soit antérieure à la vacance du bénéfice qui ne date que du jour de l'acceptation, de la démission du dernier titulaire... "

 

Qu'arrive-t-il ensuite ? Dans les registres des arrêts du Conseil Souverain, aucun document n'a été trouvé, permettant d'affirmer avec certitude qu'un jugement a été rendu par l'une des deux chambres. Il est vrai qu'il manque des jugements et que les pièces, minutes ou arrêts retrouvés ne couvrent pas toutes les affaires portées devant le Conseil.

Cf ADHR 141 J 278 : un document manuscrit de six pages, fait état d'un projet de convention à faire entre les sieurs curé, prévôt et préposés de la communauté de Pfaffenheim d'une part, et les RRPP, supérieur et Récollets de l'hospice du Schauenberg d'autre part. On y trouve aussi une chronologie des inscription aux différents rôles de février 1785 à mai 1786.

On peut supposer qu'un arrêt est rendu en 1786, mais aucune trace ne figure dans les registres. Il est possible que cet arrêt n'annule pas les jugements précédents, ce qui voudrait dire que la communauté de Pfaffenheim n'aurait pas obtenu satisfaction.

Théobald Walter, historien et maire de Rouffach, affirme que c'est en 1786 que Pfaffenheim perd le procès et que la communauté lance un pèlerinage concurrent dans la chapelle St Léonard, située en contrebas du Schauenberg. N'ayant pas découvert de sources historiques sûre à ce sujet, il ne m'est pas possible de confirmer cette thèse.

Cf J. LEVY, Die Walfahrten der Heiligen im Elsass, Sélestat 1926, p 58. Il s'agit d'une petite chapelle, vestige d'un ancien village Husern, détruit pendant la guerre des paysans. En 1525, le prieur de l'abbaye de Marbach cède la chapelle pour 100 gulden à la communauté de Pfaffenheim, qui la restaure et l'ouvre à nouveau au culte en 1750, contre la volonté des Franciscains du Schauenberg.

Quelle conclusion peut-on en tirer lorsqu'arrive la Révolution ? 

L'évocation des principaux faits qui ont marqué l'histoire du Schauenberg au cours du 18è siècle conduit tout naturellement le lecteur, historien ou ami du pèlerinage, à se poser certaines questions.

   - comment un lieu de dévotion religieuse peut-il être à l'origine de tels événements ? - pour quelles raisons provoque-t-il le recours à la justice des hommes ?

Il n'est certes pas facile d'y répondre ! Le lecteur essayera !

Notons cependant que l'existence de toutes ces démêlées prouve que le pèlerinage est bien vivant et actif, et qu'elle atteste la présence effective des religieux qui le desservent sans discontinuité de 1704 à 1791.

De plus, on peut constater que le Schauenberg fait l'unité des Pfaffenhémiens de ce temps, qui montrent leur souci de veiller aux biens de leur clergé paroissial et leur respect des engagements antérieurs. Ils ne peuvent donc pas abandonner le sanctuaire qu'ils ont eux-même installé en 1483.

La Révolution de 1789, qui met fin à ces querelles, ne permet pas aux Récollets de continuer d'oeuvrer au pèlerinage. La première "municipalité" de Pfaffenheim entretient cependant avec eux de fort bonnes relations, sans aggressivité, mais avec fermeté, tout en respectant les nouvelles lois concernant le clergé.

Pour conclure, que peut-on dire ?

- pour les uns, qu'il était nécessaire vers la fin du 18è siècle, de faire appel au Franciscains de Rouffach, pour pallier le manque de dynamisme de la paroisse ?

- pour les autres, qu'il était juste et humain de vouloir conserver le, lieu de culte et le pèlerinage qu'ils avaient fondés et mis en valeur, et dont ils avaient continué à développer le rayonnement spirituel ?

Chacun restant sur ses acquis, convaincu de ses droits, le conflit aurait pu durer encore de nombreuses années, avec le risque de séparer de plus en plus les deux communautés, mais le grand changement politique de 1789 intervient, et avec lui, la solution au problème !

Il est certain que c'est la Révolution qui met fin à toutes les querelles !

                           Heureuse Révolution ! qui a permis la fin de ce conflit !

pourrait-on dire, car, si elle n'a pas donné satisfaction, ni aux Récollets du couvent du Schauenberg, ni aux habitants de Pfaffenheim, elle ne les a pas séparés.

La suite montrera que personne n'en souffrira vraiment et que le pèlerinage du Schauenberg revivra en 1811, grâce aux Pfaffenhémiens.

 
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Date de dernière mise à jour : 2017-03-01 17:41:51